Le TeSciA, un ‘SAT à la française’ qui révolutionne la sélection post-bac

Le Test Scientifique Avancé (TeSciA) évalue les compétences en mathématiques des lycéens français, offrant une alternative au classement traditionnel, pour améliorer la sélection des candidats en prépa.
Logo TeSciA

Dans un contexte où l’orientation post-bac devient de plus en plus complexe, le Test Scientifique Avancé (TeSciA) s’impose progressivement comme un outil innovant dans le paysage éducatif français. S’inspirant du SAT américain tout en s’adaptant aux spécificités françaises, ce test de mathématiques propose une nouvelle approche pour évaluer les capacités des lycéens. Chez Progresser-en-maths, nous vous proposons une interview de l’un de ses organisateurs pour mieux comprendre les enjeux de cette évolution.

D’où vous est venue l’idée du Tescia ?

Quand le test a été créé, j’étais professeur en MP* à Sainte-Geneviève (« Ginette »). Nous avons un gros trou d’air dans les résultats en 2019 (que l’on avait d’ailleurs prévu en découvrant le niveau des élèves en début de Math Spé un an plus tôt) et j’ai voulu analyser plus profondément la performance du classement à l’entrée en prépa, autrement dit le classement des candidatures en MPSI. Ginette fonctionne de manière très artisanale pour le tri des dossiers, et j’ai essayé de porter un regard scientifique sur la chose. J’ai découvert qu’on ratait beaucoup de très bons candidats, nettement plus qu’on ne le croyait, et cela s’amplifiait depuis 2015. On a aussi découvert que les résultats du tout premier devoir en sup (effectué quelques jours à peine après la rentrée des classes) étaient bien mieux correlés aux résultats aux concours que le classement d’entrée, pour peu que le professeur qui corrige ce premier devoir ne soit pas trop regardant sur les qualités de rédaction. Cela ébranlait le mythe voulant que les premiers résultats ne voulaient rien dire, et c’était très significatif d’un point de vue statistique. On avait donc la réponse à notre problème : on peut nettement affiner la sélection des candidatures pour peu qu’on teste en profondeur les capacités acquises en amont. On a ensuite fait un essai « grandeur nature » à la rentrée 2020 : 5 classes de première année (MPSI et PCSI) ont passé un test QCM d’une heure, et ensuite on a suivi la corrélation entre les résultats de ce test et les notes de l’examen de fin de première année : elle s’est avérée nettement meilleure que si le test avait été remplacé par le classement d’entrée, même si le TeSciA est encore nettement meilleur (c’est normal : le TeSciA dure 3h, et le sujet donné lors de l’expérimentation s’est révélé trop ardu et piégeux : depuis, nous avons nettement progressé dans la maîtrise de l’outil, grâce à d’autres essais intermédiaires).

Enfin, pour le concept je me suis inspiré du SAT américain. L’idée fondamentale était qu’il était nettement plus efficace de proposer un test « décentralisé » qui n’est pas un examen d’admission dans une formation particulière. Cela rendait non seulement le test acceptable mais en plus rationalisait complètement les choses, au prix de compromis sur le ciblage du niveau.

Comment avez-vous déterminé le format optimal des deux épreuves de 1h30 ? Pourquoi avoir choisi spécifiquement ce découpage entre « dextérité/rapidité » et « capacités d’initiative/abstraction » ?

D’abord le problème était le format QCM. En France, nous sommes très attachés au problème écrit, et si nous avions pu nous serions restés sur ce modèle. En revanche, le format « problème écrit entièrement rédigé » posait deux problèmes importants pour nous :

  1. la lenteur de correction et la nécessité d’un très grand nombre de correcteurs ;
  2. la très grande disparité de l’apprentissage de la rédaction des Mathématiques dans l’enseignement secondaire.

Cela nous a conduit à adopter ce format hybride où il y a 80% de questions QCM, et 20% d’autres types (questions à réponse brute ou rédigée). Ensuite, un QCM est beaucoup plus fatiguant pour les candidats qu’une épreuve écrite traditionnelle : dès qu’on a trouvé, on noircit la case et on passe à la suite, ce qui nécessite un effort de concentration très intense, alors que le geste de la rédaction mathématique est moins intense. En regardant ce qui se faisait ailleurs (concours Avenir, par exemple), on a conclu qu’on ne devait pas dépasser 1h30 d’effort. Mais il est clair qu’une seule épreuve est nettement insuffisante. D’où les deux épreuves : l’idée est de laisser un temps de repos et surtout de permettre à tout le monde de redémarrer au même point. Ensuite, le découpage « épreuve technique » – « épreuve plus exploratoire » est venu naturellement en pensant aux formations qui recrutent : certaines vont proposer des mathématiques sensiblement moins conceptuelles que d’autres, pour lesquelles l’aisance calculatoire prime. On observe d’ailleurs que pour les PCSI la corrélation entre résultats au TeSciA et résultats aux concours est meilleure en surpondérant la 1e épreuve, alors que c’est le contraire en MPSI.

Quels sont les principaux défis que vous avez rencontrés lors de la création et de la mise en place du test ?

Le premier défi était de maîtriser le format : celui du QCM avec une seule bonne réponse est très contraignant, et il y a nettement moins de liberté qu’avec un problème plus traditionnel. Nous avons appris à jouer avec ce format pour pouvoir tester les capacités logiques le plus possible. Un autre défi était d’ordre pratique : il fallait proposer les frais d’inscriptions les plus bas possibles sans rogner sur la qualité. Il fallait ensuite être en mesure de rendre nos résultats sous 15 jours : en effet, la date du test est contrainte par la fin des vacances d’hiver de la dernière zone d’un côté, et la clôture des dossiers Parcoursup de l’autre, et il faut prévoir quelques jours pour que les candidats ne remplissent pas leurs dossiers de candidature dans la panique. Le dernier défi était celui de la légitimité : l’association AORES n’est en effet adossée à aucune institution scolaire ou universitaire, elle ne tirait initialement sa légitimité que de la présomption de compétence de ses membres, compte tenu de leurs états de service professionnels.

Comment gérez-vous la logistique des centres d’examen travers la France ? Quels sont vos critères pour choisir ces centres ?

Nous avons une secrétaire générale salariée entièrement dévouée à cette tâche. Nous décentralisons la gestion locale à des chefs de centre. Notre travail essentiel est de démarcher des centres d’examen et de nous assurer que les chefs de centres ont bien compris les consignes pour passer le test. Nous avons rarement beaucoup de choix pour l’implantation des centres d’examen : nous travaillons en priorité avec ceux qui ont déjà travaillé avec nous par le passé car ils ont déjà compris les consignes, ensuite nous préférons les établissements scolaires ou universitaires car ils ont tout le matériel qui nous est nécessaire (feuilles de brouillons, photocopieuse pour numériser les copies après le test). Mais lorsque c’est nécessaire nous utilisons d’autres types de lieux (centres sportifs avec salles de classe ou de conférence, par exemple).

Comment assurez-vous l’équité du test pour les élèves venant d’établissements moins prestigieux ou de zones géographiques plus éloignées ?

D’abord nous respectons scrupuleusement les programmes (ou plutôt le sous-ensemble des programmes qui est évalué et indiqué dans nos vidéos et notre règlement). Ensuite nous évitons absolument de donner les « classiques du début de sup » qui pourraient avoir été abordés dans le très petit nombre de lycées où les débordements de programme sont possibles. C’est un défi renouvelé que de contrecarrer les stratégies de « couverture » qui pourraient se mettre en place dans certains lycées. En définitive, il est de toute façon impossible de produire un test parfaitement neutre, qui testerait uniquement le potentiel de progression et non les savoirs acquis. Nous scrutons de près l’effet éventuel de sur ou sous-préparation de certains candidats : par exemple, il est manifeste que les candidats n’ayant pas fait l’effort de s’entraîner une ou deux fois sur les épreuves partent avec un handicap, tout simplement parce qu’ils sauront moins bien gérer leur temps ou le format QCM : cela n’implique évidemment pas d’aller suivre un quelconque « stage TeSciA ». Enfin, il est probable qu’un surcroît très net de maturité mathématique permette de surperformer au TeSciA par rapport à ses performances de long terme, ce qui est parfaitement logique. De notre point de vue d’organisateur, ce n’est pas un problème majeur car le TeSciA n’est pas un concours d’entrée : c’est un outil qui informe sur l’état actuel des connaissances et savoir-faire des candidats, et leurs capacités de réaction et de vitesse ; les formations qui le scrutent peuvent et doivent éventuellement relativiser les résultats en tenant compte de l’environnement scolaire global du candidat (pour faire simple : à niveau de résultat sensiblement égal, privilégier les candidats venant d’un environnement moins stimulant semble une règle assez bonne à suivre pour les formations qui recrutent).

Quelle est la place du TeSciA par rapport aux autres évaluations existantes (notes du bac, bulletins scolaires…) ?

La même que pour les dispositifs du même type, à savoir les Olympiades, concours Kangourou, concours d’Informatique, compétitions Animaths etc. Il s’agit d’un « plus » qui informe de manière tranchante sur les capacités d’un candidat en cas d’indécision. Et indécision il y a beaucoup actuellement, car les moyennes sont devenues très élevées, et des différences de moyennes de quelques dixièmes de points ne reflètent pas nécessairement des différences réelles ! L’idée est de sortir le signal du bruit.

Concrètement, le test profite de manière majeure à deux types d’élèves : ceux qui se retrouvent dans une « génération dorée » de leur lycée et qui sont pénalisés par des classements dévalorisants ou par le fait d’être dans un groupe de spécialité regroupant les meilleurs élèves ; et aussi les élèves de lycées peu connus, qui envoient peu d’élèves dans les classes préparatoires et sont frappés d’une forme de suspicion (souvent parce que d’autres élèves moins talentueux ont été pris, les années précédentes, dans des formations très exigeantes et se sont révélés décevants).

Avez-vous des premiers retours d’expérience sur l’utilisation du TeSciA ? Quels sont les résultats observés ?

Il y a deux choses à différencier. D’abord il y a la qualité du TeSciA comme prédiction de la réussite future, et ensuite il y a l’utilisation qui en a été faite jusqu’à présent. Pour ce qui est du premier point, nous venons de rendre publique une première étude approfondie de la trajectoire dans l’enseignement supérieur de la première cohorte de candidats (édition 2022). Cette étude sera approfondie l’an prochain car bon nombre de ces candidats redoublent en CPGE ou n’ont pas fait leur apparition sur un réseau social professionnel, et bien sûr nous reproduirons l’étude sur les cohortes suivantes. Les premiers enseignements sont conformes aux prévisions : au vu de mon expérience des grands équilibres statistiques des recrutements dans les CPGE scientifiques, il est manifeste que le classement sur la seule base de la somme des deux scores au TeSciA (épreuve 1 + épreuve 2) est significativement plus performant, pour prédire les futurs résultats aux concours des CPGE scientifiques, que ce qu’est capable de produire un jury de classement des candidatures dans une prépa « top 10 » nationale MPSI ou PCSI (nous n’avons pas de référence en dessous de ce niveau et ne pouvons donc pas apporter d’appréciation, mais cette question nous intéresse bien sûr). Je vais tout de suite préciser un point : il ne faut absolument pas tenir compte uniquement du TeSciA, d’une part parce que cela aurait assez vite un effet pervers si les candidats le savaient, d’autre part parce que les premières simulations que nous avons faites indiquent de façon extrêmement nette qu’une combinaison même grossière du TeSciA avec le reste du dossier scolaire donne une performance encore meilleure que la seule prise en compte du TeSciA, et de nature à améliorer de façon extrêmement sensible l’homogénéité des profils recrutés. Par exemple, dans une situation idéale où tous les candidats à une formation F auraient passé le TeSciA et indiqueraient leur résultat, une utilisation sans grande finesse du TeSciA comme « barre d’entrée » (en rejetant toutes les candidatures ayant un score insuffisant) serait susceptible de diminuer de manière très sensible le nombre d’élèves en difficulté dans la formation F (tout en permettant de la remplir quand même !).

Ensuite, il y a la question de l’utilisation réelle qui en a été faite jusqu’à présent par les formations qui recrutent. Il est manifeste que les recruteurs ont été très prudents la toute première année, si bien que plusieurs élèves du top 10 TeSciA ont été refusés dans des formations de tout premier plan (tout en ayant d’excellents résultats par la suite !). Les plus audacieux ont néanmoins fait quelques bonnes « pioches ». Les formations peuvent maintenant avoir une idée beaucoup plus claire de la signification des notes et des classements, notamment grâce aux données que nous venons de rendre publiques, et logiquement l’outil est plus systématiquement utilisé et maîtrisé, et il le sera de manière croissante. Néanmoins, cela n’a pour l’instant pas un effet majeur sur le recrutement des formations, et c’est bien logique : en 2024, environ un sixième des reçus à Polytechnique avaient passé le TeSciA deux ans avant (première édition). Il faudrait que le TeSciA soit passé de manière beaucoup plus massive pour qu’il ait un impact très mesurable sur la qualité de sélection par les formations elles-mêmes.

Enfin, il y a l’utilisation que les candidats font du TeSciA pour s’orienter eux-mêmes : par exemple, privilégier par exemple la voie PCSI ou PTSI s’ils se découvrent peu de goût pour les Mathématiques les plus abstraites, ou inversement bénéficier d’une confirmation de leurs qualités pour s’engager avec confiance dans une MPSI. Et de même pour faire le délicat choix Mathématiques Approfondies/Mathématiques Appliquées en vue d’une prépa ECG. Là, il est très difficile pour nous d’avoir des retours, notamment parce qu’un simple questionnaire aux anciens candidats aurait certainement des résultats assez biaisés.

Vous mentionnez vouloir « devenir le SAT français » – quelles sont les étapes concrètes pour y parvenir ? Quelles seraient les différences majeures avec le modèle américain ?

Il est probable que TeSciA soit positionné actuellement sur une tranche haut de gamme qui n’en fait pas réellement l’équivalent du SAT. On pourrait donc envisager un « TeSciA bis » un peu plus basique, par exemple en remplacement de l’actuelle épreuve B. Mais ce n’est pas du tout dans les cartons. Pour l’instant, la grosse différence est que le SAT peut être passé de nombreuses fois pour améliorer son score : cela peut avoir un effet bénéfique (éliminer une mauvaise performance ponctuelle) comme délétère (pousser au développement de préparations payantes très coûteuses pour gratter quelques points à chaque fois). Le TeSciA quant à lui ne se passe qu’une seule fois par an, c’est ce qui permet notamment de maîtriser les coûts et de conserver un côté « non-standardisé », plus adapté au modèle français. Disons que nous gardons l’ambition de devenir un SAT « à la française », ce qui veut dire pour nous rester autonome par rapport aux recruteurs mais être LE point de référence des tests de détection pour l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Comment voyez-vous l’évolution du TeSciA dans les années à venir ? Envisagez-vous des extensions à d’autres matières scientifiques ?

La première évolution probable est celle de l’épreuve 2 : jusqu’à maintenant, les candidats choisissent soit l’option A, auquel cas une partie des exercices porte sur une partie du programme de l’option Mathématiques Expertes de Terminale, ou alors l’option B, auquel cas ils sont interrogés sur le même programme que pour l’épreuve 1. Ce format est très contraignant pour nous, tant pour la logistique du concours que pour la constitution des sujets de l’épreuve 2 (qui oblige à une très forte coordination). Nous avons introduit l’option B dans l’idée que, dans la phase de lancement du projet et lors des premières années, les professeurs de Mathématiques Expertes n’adapteraient pas nécessairement leur traitement du programme au TeSciA (sachant qu’il n’y a pas d’épreuve intermédiaire évaluant cette option, dans aucun concours d’accès à une formation postbac). Nous observons cependant que la proportion de candidats choisissant l’option B décroît nettement à chaque édition : la question du maintien de cette option est donc ouverte à compter de la session 2026. Evidemment, il faudra scruter à la fois le taux d’inscrits en option B en 2025, et aussi l’augmentation du nombre de candidats.

Ensuite, le projet a toujours été d’introduire à terme une troisième épreuve portant sur les Sciences Physiques ou l’Informatique, selon la 2e spécialité choisie en Terminale. On nous reproche parfois d’avoir appelé notre test le « Test Scientifique Avancé » alors que nous ne testons que les Mathématiques : en réalité, la version « Maths seules » aurait dû s’appeler « Test Mathématiques Avancé » mais l’acronyme « TEMA » était déjà déposé par l’école de commerce NEOMA, et nous avons donc dû nous rabattre sur la dénomination de ce qui devait devenir notre déploiement futur.

Pour l’instant, l’évolution du TeSciA en test à trois épreuves se heurte à un problème logistique : plusieurs centres d’examen sont indisponibles pour une épreuve en fin de matinée le samedi. Ces contraintes pourraient être dépassées si le TeSciA devenait en quelque sorte incontournable, mais nous n’en sommes pas encore là : c’est probablement lorsque nous aurons dépassé les 4000-5000 candidats que nous serons en mesure de proposer cette troisième épreuve. En prévision, et parce que ces chiffres pourraient bien être atteints dès 2026, nous allons prochainement monter une équipe de professeurs de Sciences Physique pour élaborer une maquette d’épreuve dans cette discipline et faire quelques essais sur des élèves réels. Après, le projet s’arrêtera probablement là en termes de format : nous n’avons aucunement pour ambition de nous substituer au baccalauréat (ni non plus de le concurrencer), et il est très vraisemblable que la troisième épreuve soit entièrement suffisante pour régler les problèmes identifiés et ayant conduit à l’élaboration du TeSciA.

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